Floralia Brussels : un printemps au château de Grand-Bigard

Gros plan sur une tulipe dans la lumière.

Il suffit parfois de quelques kilomètres pour changer complètement de décor. À peine sortie de Bruxelles, voilà que l’on passe un pont, que l’on franchit un châtelet flanqué de deux tours rondes et que surgissent, derrière les douves, des milliers de tulipes. Pas besoin d’un billet pour Amsterdam : au printemps, le château de Grand-Bigard se charge très bien de mettre les Pays-Bas en concurrence.

Chaque année, pendant quelques semaines, Floralia Brussels ouvre au public le parc privé du château de Grand-Bigard, à Dilbeek. Tulipes, narcisses, jacinthes et autres bulbes de printemps envahissent alors les pelouses, les sous-bois et les parterres. Plus d’un million de bulbes sont plantés à la main pour l’occasion, dans plusieurs centaines de variétés, avec des floraisons échelonnées afin que le spectacle ne repose pas entièrement sur les caprices d’un seul week-end d’avril.

Et pourtant, aussi spectaculaire soit-elle, Floralia n’est à mes yeux qu’une partie du plaisir. Car entre deux tapis de tulipes se dessine un autre personnage, beaucoup moins éphémère : le château lui-même.

Un château derrière les tulipes

On le découvre par fragments.

Une façade de briques apparaît derrière un massif rouge et jaune. Plus loin, une tour dépasse d’un bouquet d’arbres. Puis vient le châtelet d’entrée, presque théâtral avec ses deux tourelles rondes, son pont et l’eau tranquille des douves.

À Grand-Bigard, les fleurs ont beau faire beaucoup d’efforts pour attirer l’objectif, l’architecture se débrouille plutôt bien pour leur voler régulièrement la vedette.

Vue sur le château de Grand-Bigard.

Les origines du domaine remontent au XIIe siècle, lorsque Grand-Bigard était le siège d’une seigneurie. Le château que l’on voit aujourd’hui est cependant le résultat de plusieurs siècles de transformations, d’agrandissements et de restaurations. Le corps de logis conserve notamment des parties des XVIe et XVIIe siècles, tandis que le châtelet d’entrée possède un noyau remontant au XIVe siècle.

L’ensemble a ensuite été profondément restauré au début du XXe siècle après son acquisition, en 1903, par Raymond Pelgrims de Bigard. Certaines parties furent alors reconstruites ou réinterprétées dans l’esprit de la Renaissance flamande. Il faut donc se garder d’imaginer un château demeuré parfaitement intact depuis le Moyen Âge : comme beaucoup de grandes demeures anciennes, Grand-Bigard est plutôt un palimpseste d’époques successives.

Et c’est justement ce qui lui donne son charme.

Le châtelet vu depuis la cour intérieure.

Des douves, un pont et une entrée qui soigne son effet

Avant même d’arriver au château, le décor est posé.

Le domaine est entouré d’un large fossé rempli d’eau, franchi par un pont de cinq arches qui mène au châtelet puis au pont-levis. Deux figures héraldiques du XVIIe siècle surveillent le passage. Au-delà, les briques rouges, la pierre claire, les toitures d’ardoise et les fenêtres à meneaux donnent immédiatement au lieu cette silhouette très flamande que l’on associe volontiers aux demeures Renaissance du Brabant.

Entrée du domaine

C’est sans doute l’un des plus beaux points de vue du domaine, surtout au printemps lorsque les massifs fleuris accompagnent la perspective.

Le donjon, le vieux monsieur du domaine

À quelques pas du château se dresse une imposante tour carrée. Le donjon de Grand-Bigard est probablement la partie la plus ancienne et la plus spectaculaire du domaine. Les sources patrimoniales situent son origine au début du XVe siècle, tandis que le site du château avance une construction vers 1347. Ce que l’on sait avec davantage de certitude, c’est qu’il apparaît déjà sur les représentations anciennes du domaine et qu’il constituait autrefois un véritable élément défensif.

Avec une hauteur d’environ trente mètres, quatre niveaux et des murs atteignant deux mètres d’épaisseur, il ne joue pas exactement dans la catégorie « petite tour romantique au fond du jardin ».

Vue du donjon et de l'escalier qui y mène.

Son aspect actuel doit lui aussi beaucoup aux restaurations du début du XXe siècle. Mais isolé derrière son escalier de pierre et ses terrasses, il conserve une présence étonnante. Sur mes photos, il apparaît presque austère comparé à la profusion colorée des parterres qui l’entourent.

Ce qui, finalement, n’est peut-être pas plus mal. Quelqu’un doit bien garder un peu de dignité au milieu de ce déferlement de tulipes.

Un jardin qui n’a rien d’un simple décor floral

Floralia occupe aujourd’hui un parc aménagé autour du château, mais le domaine possède une histoire paysagère bien plus ancienne.

L’inventaire du patrimoine flamand décrit un ensemble de près de quatre hectares, composé à la fois de parties paysagères et de jardins plus réguliers. Le parc actuel est largement issu des aménagements entrepris au début du XXe siècle, notamment par l’architecte paysagiste Louis Fuchs.

Au printemps, cette structure devient presque invisible sous les fleurs.

L'arche de pierre couverte de glycine.
Un parterre de tulipes rouge-orange.
Un parterre de tulipes mauves.

Les tulipes forment de larges rubans le long des allées, se glissent sous les arbres centenaires, entourent les topiaires et accompagnent les perspectives vers le château. Ailleurs apparaissent des narcisses et des jacinthes, avec des palettes qui passent du blanc aux rouges les plus francs, du rose poudré au violet presque noir.

Ce que j’aime particulièrement ici, c’est que Floralia ne ressemble pas vraiment à un jardin botanique. On ne se promène pas en suivant consciencieusement une succession d’étiquettes latines. On avance davantage au gré des couleurs, des perspectives et des détours. Un massif entraîne vers une allée, l’allée vers un morceau de façade, puis un escalier vous conduit vers une autre partie du parc. C’est davantage une promenade qu’une visite.

La fontaine et ces petits détails que l’on remarque en ralentissant

Au milieu de cette profusion, certains éléments plus modestes risqueraient presque de passer inaperçus.

Près des bâtiments se trouve notamment une fontainede pierre, protégée par une élégante ferronnerie. Ce n’est évidemment pas elle qui déclenche les grandes migrations printanières vers Grand-Bigard, mais ce sont précisément ces détails-là qui donnent au domaine son caractère.

Une porte ancienne encadrée de pierre, une ferronnerie, quelques marches couvertes de mousse, le reflet des tours dans l’eau…

Une fontaine ancienne cerclée de ferronnerie.

Floralia mérite donc d’être parcourue lentement. Pas uniquement parce que le parc est grand, mais parce qu’entre deux parterres spectaculaires, le château continue discrètement de raconter son histoire.

Et cette serre dont je me souvenais…

Je n’avais pas rêvé : il y a bien une grande serre à Floralia.

Elle accueille elle aussi des présentations florales et permet surtout de prolonger la visite dans un univers plus composé, où arrangements et plantes décoratives prennent le relais des grands tapis de bulbes du parc. Pour l’édition 2026, elle a notamment fait l’objet d’une scénographie florale particulière réalisée en collaboration avec l’artiste belge Diederick Daneels.

La programmation et la décoration changent évidemment d’une édition à l’autre, mais la serre fait partie des endroits à ne pas oublier en parcourant le domaine.

Je l’avais photographiée. Enfin, je crois. Disons plutôt qu’elle appartient désormais à cette catégorie très particulière de photographies dont on se souvient parfaitement… mais dont le fichier a décidé de poursuivre sa vie ailleurs. J’aurai donc une excellente excuse pour y retourner.

Plus d’un million de bulbes, mais pas tous en même temps

Une question revient forcément lorsqu’on prépare une visite de Floralia : quand faut-il y aller ? Et la réponse est un peu frustrante : cela dépend.

Les organisateurs choisissent volontairement des variétés à floraison précoce, intermédiaire et tardive. L’objectif est précisément que le jardin évolue au fil des quatre semaines d’ouverture. Les narcisses et certaines tulipes ouvrent le bal, d’autres prennent ensuite le relais. On ne voit donc jamais exactement le même Floralia.

Un immense tapis de tulipes multicolores au pied des arbres.
Un parterre de tulipes rouges et oranges.

La météo intervient évidemment dans l’équation. Un printemps froid ralentira certaines floraisons ; quelques journées inhabituellement chaudes peuvent au contraire tout accélérer.

Pour les photographes, cela signifie surtout une chose assez terrible : une seule visite ne suffit pas forcément. Quel malheur !😉

Floralia ou château de Grand-Bigard ?

Les deux, évidemment. C’est même ce qui distingue Floralia de nombreuses autres expositions florales. On ne vient pas simplement admirer des tulipes : on les découvre dans le parc d’une véritable demeure historique, entourée de douves, dominée par un donjon médiéval et précédée d’un châtelet monumental.

Le château reste cependant une propriété privée. Pendant Floralia, c’est principalement le parc qui est accessible au public ; les appartements historiques ne font pas partie de la visite habituelle. C’est un peu frustrant lorsque l’on aperçoit les fenêtres derrière les fleurs et que l’on se demande ce qui se cache de l’autre côté.

Vue générale du château en biais.

Et il y aurait pourtant de quoi être curieux.

L’intérieur conserve notamment plusieurs salons, une chapelle ancienne, des boiseries, des cheminées et même une cuisine historique du XVIIe siècle, avec son sol carrelé, sa cheminée, sa pompe et son évier décoré de carreaux de Delft.

Une raison supplémentaire de regarder le château avec un peu plus d’attention que comme simple toile de fond pour les tulipes.

Une parenthèse printanière à quelques kilomètres de Bruxelles

Il y a quelque chose d’assez réjouissant à trouver un tel endroit si près de la capitale.

En quelques minutes, Bruxelles disparaît derrière les arbres et l’on se retrouve à marcher entre les douves d’un château, des hêtres centenaires et des milliers de fleurs.

Floralia est spectaculaire, bien sûr. Mais ce qui m’en reste surtout, ce sont les contrastes : la masse sombre du donjon derrière les couleurs éclatantes, la brique ancienne au-dessus d’une bordure de tulipes, les reflets du châtelet dans l’eau, les grandes allées très ordonnées qui finissent par se perdre sous les arbres.

Et puis il y a cette petite satisfaction très printanière de rentrer avec une carte mémoire remplie de fleurs. Enfin… lorsque les fichiers consentent à rentrer avec vous.

Où ?

Floralia Brussels se déroule dans le parc du château de Grand-Bigard, à quelques kilomètres à l’ouest du centre de Bruxelles.
Adresse : Isidoor Van Beverenstraat 5, 1702 Groot-Bijgaarden.

Quand ?

Floralia a lieu chaque année au printemps, généralement pendant environ quatre semaines en avril et début mai. Les dates varient selon les éditions : mieux vaut consulter le programme avant de prévoir votre visite.

Combien de temps prévoir ?

Comptez au minimum deux à trois heures pour profiter tranquillement du parc. Un peu plus si, comme moi, vous êtes capable de consacrer un temps parfaitement déraisonnable à une tulipe sous prétexte que la lumière sera meilleure dans cinq minutes.

Avec des enfants ?

Floralia se prête très bien à une sortie en famille et propose, à certaines dates, des animations spécialement pensées pour les plus jeunes. Maya l’Abeille et ses amis ont par exemple investi le parc ces dernières années avec mini-parades, rencontres et activités. Le programme changeant selon les éditions et les jours, pensez à le vérifier avant votre visite.

Peut-on visiter le château ?

Non. Le château de Grand-Bigard est une propriété privée : pendant Floralia, le public visite le parc et les jardins, mais pas les appartements historiques du château.

Boire et manger sur place

Une cafétéria installée dans la grande serre permet de faire une pause autour d’une boisson ou d’une petite restauration. Les pique-niques personnels ne sont en revanche pas autorisés dans le parc.

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