
Il y a des capitales qui s’annoncent à grand renfort de monuments, d’avenues interminables et de kilomètres avalés avant même le premier café. Ljubljana joue dans une tout autre catégorie. Petite, verte, élégante et délicieusement facile à parcourir, la capitale slovène semble avoir été dessinée pour la flânerie.
Au milieu coule la Ljubljanica, bordée de terrasses et enjambée de ponts qui ont chacun leur petite personnalité. Au-dessus des toits veille un château posé sur sa colline. Entre les deux, des façades baroques aux tons pastel, des clochers coiffés de cuivre vert, un marché où l’on vient autant faire ses courses que refaire le monde et, partout ou presque, la patte de Jože Plečnik, l’architecte qui a profondément remodelé sa ville natale au XXe siècle.
Bref, Ljubljana ne cherche pas à impressionner. Elle préfère séduire. Et pour un week-end, c’est plutôt une excellente stratégie.
1. Flâner le long de la Ljubljanica
Difficile de visiter Ljubljana sans finir, tôt ou tard, au bord de l’eau. Et généralement plutôt tôt.
La Ljubljanica traverse le cœur historique et lui donne une bonne partie de son charme. Sur ses quais, les façades se succèdent, les saules se penchent vers l’eau et les terrasses semblent avoir colonisé le moindre mètre carré disponible. Aux beaux jours, la rivière devient presque le salon de la ville : on s’y retrouve, on y déjeune, on y boit un verre et, accessoirement, on regarde passer les gens en prétendant étudier l’architecture.
Mais ces quais ne doivent rien au hasard. Une grande partie de leur physionomie actuelle est l’œuvre de Jože Plečnik, qui a réaménagé les berges, créé des promenades plantées et redessiné plusieurs ponts. Son Ljubljana est une ville pensée à hauteur de piéton, où l’architecture ne se contente pas d’être regardée : elle organise la promenade.
Et c’est peut-être la meilleure façon d’aborder la capitale slovène : sans programme militaire et sans chronomètre, simplement en suivant la rivière.
2. Prešernov trg et le Triple Pont, au cœur de Ljubljana
Toutes les promenades semblent finir par mener à Prešernov trg, la grande place piétonne du centre. Impossible de manquer la façade rose de l’église franciscaine de l’Annonciation, qui apporte à l’ensemble une petite touche de pâtisserie baroque tout à fait réjouissante.
Au milieu de la place, pas de roi à cheval ni de général sabre au clair : Ljubljana a préféré ériger une statue à France Prešeren, son grand poète national. Rien que pour cela, elle marque déjà quelques points.
Juste devant se trouve l’un des emblèmes de la ville : le Triple Pont, Tromostovje. À l’origine, il n’y avait qu’un pont de pierre, construit en 1842. Entre 1929 et 1932, Plečnik lui ajouta deux passerelles latérales destinées aux piétons, dota l’ensemble de balustrades de pierre et transforma un simple passage au-dessus de la rivière en véritable espace urbain.
C’est ici que l’on commence à comprendre Plečnik. Inutile de connaître son œuvre sur le bout des doigts : il suffit de marcher dans Ljubljana. Ponts, quais, marché, places, promenades… l’architecte a travaillé la ville comme un ensemble, sans chercher à effacer ce qui existait avant lui.
Et son nom va revenir. Souvent. Je vous avais prévenus.
3. Se perdre dans la vieille ville
De l’autre côté de la Ljubljanica commence le Ljubljana des petites rues et des façades pastel.
Mestni trg, la place de l’Hôtel de ville, est l’un de ces endroits où il vaut mieux ranger son itinéraire quelques minutes. L’ensemble est particulièrement harmonieux, avec ses demeures baroques, l’Hôtel de ville et sa tour à horloge, et la fontaine de Robba. La place constituait déjà le centre de la cité médiévale.
Un peu plus loin apparaissent les deux clochers et le grand dôme vert de la cathédrale Saint-Nicolas. Sa silhouette revient régulièrement entre deux façades, comme un excellent système de navigation pour voyageurs qui refusent obstinément de sortir leur téléphone.
La cathédrale Saint-Nicolas mérite aussi qu’on s’attarde sur ses portes. Sur le côté de l’édifice, une étonnante porte de bronze réalisée par le sculpteur Mirsad Begić rassemble les portraits des évêques de Ljubljana du XXe siècle. Avec leurs silhouettes étirées et leurs visages presque austères surgissant du métal, difficile de passer devant sans ralentir le pas.
Puis il faut faire ce que l’on fait le mieux dans une vieille ville de cette taille : prendre la rue qui a l’air jolie.
C’est ainsi que l’on tombe sur des passages minuscules, des cours, des terrasses et quelques curiosités beaucoup moins solennelles. Dans Ključavničarska ulica, par exemple, mieux vaut regarder où l’on met les pieds : des centaines de petits visages en bronze surgissent du sol. Une œuvre de l’artiste slovène Jakov Brdar, un rien étrange, vaguement inquiétante et nettement plus mémorable qu’un énième pavé.
4. Faire un tour au marché
À quelques pas de la cathédrale, Ljubljana retrouve son architecte fétiche.
Le marché central ne se résume pas à quelques étals de fruits et légumes. Il s’étend entre Vodnikov trg et Pogačarjev trg, avec un marché extérieur, des espaces couverts et surtout les longues colonnades dessinées par Plečnik au bord de la Ljubljanica entre 1940 et 1944.
Et évidemment, Cook & Crunch ne pouvait décemment pas passer devant un marché sans jeter un œil à ce qui se mange.
Produits slovènes, pains, fromages, charcuteries, fruits, légumes, pâtisseries, huiles locales… le marché reste un vrai lieu de vie pour les habitants, pas seulement un décor pour visiteurs armés d’un appareil photo. Le vendredi, de la mi-mars à la fin octobre lorsque la météo le permet, Odprta kuhna – Open Kitchen transforme également Pogačarjev trg en marché gourmand où viennent cuisiner des restaurateurs slovènes.
En poursuivant la balade le long de la rivière, impossible de manquer le Pont des Dragons – Zmajski most et ses imposantes créatures vertes.
Car oui, Ljubljana aime les dragons. Ils sont même devenus l’un des symboles de la ville. Et reconnaissons qu’entre un dragon et un pigeon, le choix de la mascotte est vite fait.
5. Faire une pause à la Galerie nationale
Pour quitter quelques heures les pavés et les ponts, direction la Galerie nationale de Slovénie, qui abrite la principale collection d’art du pays.
C’est aussi une autre façon de découvrir Ljubljana : non plus en marchant dans ses rues, mais en regardant comment artistes et peintres l’ont représentée au fil du temps.
J’y ai notamment retrouvé une ville étonnamment familière dans une toile de Pavel Künl peinte en 1847. Ljubljana – Ribji trg montre les maisons serrées au bord de la Ljubljanica sous une épaisse couche de neige, tandis que le château domine déjà la ville depuis sa colline.
Près de deux siècles plus tard, le décor a évidemment changé. Mais la rivière est toujours là, le château aussi, et la silhouette de la ville reste étrangement reconnaissable.
Pavel Künl, Ljubljana – Ribji trg, 1847. Galerie nationale de Slovénie
Une visite de la galerie nationale est une jolie parenthèse dans un week-end largement passé dehors — et une excellente solution lorsqu’un nuage slovène décide soudain qu’il est temps de s’intéresser à la peinture.
6. Prendre de la hauteur au château
Depuis pratiquement n’importe quel endroit du centre, il suffit de lever les yeux : le château de Ljubljana est là.
Installé sur sa colline boisée, il domine la vieille ville et offre surtout l’un des plus beaux panoramas sur Ljubljana. On peut rejoindre les hauteurs à pied depuis le centre historique ou choisir l’option qui économise les mollets : le funiculaire, qui relie la vieille ville au château en une minute.
Une fois là-haut, le changement de perspective est saisissant. Les rues parcourues quelques heures auparavant deviennent minuscules, les clochers émergent des toits rouges et la ville moderne s’étire derrière le centre historique, jusqu’aux montagnes lorsque le ciel veut bien coopérer.
Le château lui-même mérite la promenade, mais la vue suffit déjà à justifier l’ascension. Et après avoir marché toute la journée, il est parfaitement acceptable de prétendre que l’on est monté uniquement pour approfondir sa compréhension de l’urbanisme slovène.
7. Finir la journée sur les toits
Il reste pourtant une dernière façon de regarder Ljubljana d’en haut.
Et celle-ci a un avantage considérable : on peut le faire un verre à la main.
Le Nebotičnik appartient à une Ljubljana beaucoup plus moderne. Lorsqu’il fut construit dans les années 1930, cet immeuble élancé tranchait avec les clochers et les façades du vieux centre. Tout en haut, une terrasse permet de regarder la ville à 360 degrés.
C’est là que je terminerais la journée.
À l’heure où la lumière devient plus douce, le château et sa colline se teintent d’or, les toits passent peu à peu dans l’ombre et Ljubljana semble soudain encore plus petite.
Après deux jours à suivre la Ljubljanica, traverser ses ponts, cotoyer les dragons, arpenter les ruelles et grimper jusqu’au château, on retrouve d’un seul regard tous les morceaux du puzzle.
Et c’est peut-être là que Ljubljana dévoile le mieux son charme. Elle n’a pas besoin d’être immense pour donner envie de rester un peu plus longtemps.
Un week-end suffit pour la découvrir. Pour en avoir tout à fait assez ? C’est une autre histoire.
8. Où dormir à Ljubljana ?
Lors de mon séjour, j’avais posé mes valises au Best Western Premier Hotel Slon, une adresse élégante en plein centre de Ljubljana et surtout très pratique pour découvrir la ville à pied. Bonus non négligeable — du moins pour les becs sucrés —, Kavarna Zvezda, l’une des pâtisseries les plus réputées de la capitale, se trouve au rez-de-chaussée de l’hôtel. Autant dire qu’il faut une certaine détermination pour rejoindre sa chambre sans y faire une halte.