Comment créer une série photo culinaire cohérente ?

Tryptique avec des tronçons de rhubarbe en gros plan à gauche, une casserole de sirop de rhubarbe en flatlay au centre et à droite, une bouteille que l'on remplit de sirop de rhubarbe.

Des tronçons de rhubarbe en gros plan.
Une casserole de sirop de rhubarbe au gingembre et deux bouteilles.
Du sirop de rhubarbe au gingembre est versé dans une bouteille via un entonnoir.

Une photographie peut faire saliver. Une série bien construite peut raconter l’histoire entière : l’ingrédient encore brut, sa transformation, le geste qui donne vie à la recette et ce petit détail de texture qui donne soudain envie de traverser l’écran avec une cuillère.

Créer une série photo culinaire ne consiste pourtant pas à déplacer une assiette de trois centimètres, à déclencher de nouveau et à espérer que personne ne remarque la manœuvre. Chaque photographie doit apporter une information, une émotion ou un point de vue différent, tout en restant liée aux autres par un même univers visuel.

Couleurs, lumière, cadrages, accessoires… Tout est affaire de continuité, mais aussi de rythme. Car cohérente ne veut surtout pas dire monotone.

Une série photo culinaire, qu’est-ce que c’est ?

Une série photographique rassemble plusieurs images autour d’un même sujet, d’une recette, d’un ingrédient ou d’une intention visuelle.

Certaines naissent spontanément au cours d’un shooting. Une vue d’ensemble, un joli geste et un détail particulièrement gourmand suffisent parfois à former un diptyque ou un triptyque.

D’autres sont pensées plus précisément en amont : plusieurs recettes autour d’un produit, différentes utilisations d’un ingrédient ou tout un univers destiné à une marque. Elles peuvent alors être réalisées sur plusieurs jours, tout en conservant un fil rouge suffisamment fort pour que les images appartiennent à la même histoire.

Enfin, une série peut se développer au fil du temps autour d’un thème plus personnel : les textures, les gestes, une couleur, les produits d’une saison… Elle s’enrichit peu à peu, sans devoir être bouclée avant mardi 17 heures. La créativité apprécie rarement les ultimatums.

Une histoire plutôt qu’une succession d’images

Avant de choisir un fond ou de sortir toute la vaisselle du placard — prudence, c’est généralement ainsi que commencent les grandes migrations d’assiettes — demandez-vous ce que vous souhaitez raconter.

Voulez-vous mettre en valeur :

  • la transformation d’un ingrédient ?
  • la texture d’une préparation ?
  • les différentes étapes d’une recette ?
  • plusieurs manières d’utiliser un produit ?
  • une ambiance, une saison ou un savoir-faire ?

Cette intention donne sa direction à la série. Elle permet aussi de décider quelles images sont réellement utiles. Une photographie très belle, mais qui ne complète pas les autres, peut rester en dehors de la sélection. Cruel, certes. Salutaire, souvent.

Dans ma série consacrée au sirop de rhubarbe et gingembre, la première image s’approche au plus près des tiges pour en révéler les couleurs et les fibres. La plongée élargit ensuite le récit en montrant le sirop et les accessoires de préparation. Enfin, la mise en bouteille introduit le geste et clôt la transformation.

Les trois images ne décrivent donc pas trois fois le même résultat : elles racontent successivement la matière première, la préparation et le geste final.

Donner une fonction à chaque photographie

Une série gagne en force lorsque chacune de ses images possède un rôle précis.

Une photographie principale peut installer l’univers. Un cadrage rapproché révèle la texture. Une vue plus large donne du contexte. Un geste apporte de la vie. Une image épurée ménage un emplacement pour du texte. Ensemble, elles construisent un récit plus riche qu’une collection de variantes presque identiques.

Pour une recette ou un produit, vous pouvez notamment prévoir :

  • une image principale forte ;
  • une vue d’ensemble ;
  • un cadrage rapproché ;
  • un détail de texture ;
  • un ingrédient brut ;
  • une étape de préparation ;
  • un geste ;
  • le résultat servi, découpé ou dégusté.

Il n’est évidemment pas nécessaire de cocher toutes les cases à chaque shooting. La photographie culinaire n’est pas un bingo. L’essentiel est que les images retenues se complètent et que chacune apporte quelque chose à l’ensemble.

Amendes en gros plan
Des pâtes d'amandes empilées ainsi que quelques amandes et un emporte-pièce.
De la pâte d'amande faite maison, posée sur une petite ardoise d'écolier.

La série consacrée à la pâte d’amande repose précisément sur cette complémentarité. La macrophotographie des amandes présente la matière première. Le cadrage rapproché révèle ensuite la texture de la pâte façonnée. Enfin, la composition plus large, avec la poudre d’amande, le rouleau et les emporte-pièces, replace le produit dans son processus de fabrication.

La palette, la lumière claire et les matières naturelles créent la continuité. Le contenu de chaque image, lui, fait avancer le récit.

Conserver un fil rouge…

Pour être perçues comme un ensemble, les photographies ont besoin de quelques repères communs. Le fil rouge peut être créé par :

  • une palette de couleurs ;
  • un ou deux fonds ;
  • une lumière similaire ;
  • des accessoires récurrents ;
  • certaines matières ;
  • une même atmosphère ;
  • un traitement cohérent des images.

Il ne s’agit pas de reproduire méticuleusement le même décor. Un fond peut changer, une lumière peut devenir plus douce ou le nombre d’accessoires diminuer. Mais quelques éléments doivent circuler d’une photographie à l’autre.

Dans la série sur la rhubarbe, le fond n’est pas identique sur toutes les images. Ce sont surtout les tonalités roses et rouges, les surfaces claires et la présence répétée de l’ingrédient qui assurent la liaison.

La couleur est d’ailleurs l’un des moyens les plus immédiats pour réunir plusieurs images. Une palette dominante peut accueillir différentes nuances et quelques couleurs secondaires sans perdre sa cohérence. Elle doit créer une famille, pas imposer un uniforme.

À lire également : La couleur en photographie et vidéo culinaire

…sans photographier neuf fois la même chose

Une série trop disparate se désagrège. Une série trop uniforme donne l’impression de regarder neuf presque-doublons en attendant poliment qu’il se passe quelque chose.

Pour introduire de la variété, vous pouvez jouer sur :

  • l’angle de prise de vue ;
  • la distance par rapport au sujet ;
  • le cadrage ;
  • la profondeur de champ ;
  • la présence ou non d’un geste ;
  • la densité de la composition ;
  • la quantité d’espace laissée autour du sujet.

 

Muffins aux framboises et aux amandes servis pour le goûter
Gros plans sur des muffins aux framboises et aux amandes
Muffins aux framboises présentés sur une grille de refroidissement

Ces trois photographies de muffins aux framboises et aux amandes ont été réalisées autour du même décor. La vue large installe l’ambiance de la cuisine. Le cadrage rapproché à 45° met en valeur le volume des muffins et leur surface dorée. La plongée transforme les mêmes éléments en une composition graphique, construite autour des cercles de la grille, des gâteaux et du bol de framboises.

Le fond blanc, le textile rouge, les fruits et la grille métallique maintiennent l’unité. Le changement de point de vue empêche la répétition.

Le choix d’un angle ne doit cependant pas être dicté uniquement par le besoin de varier. Il doit d’abord servir le sujet. Une boisson, un gâteau à étages et une tarte ne racontent pas grand-chose sous les mêmes angles — et la pauvre tarte n’a rien demandé.

À lire également : Quel angle de vue choisir en photographie culinaire ?

Créer un rythme visuel

Une série se regarde aussi comme une séquence. Certaines photographies sont très denses, riches en détails ou fortement contrastées. D’autres sont plus calmes et laissent davantage d’espace autour du sujet.

Si toutes les images sont remplies jusqu’au dernier millimètre, l’œil ne sait plus où se poser. À l’inverse, une succession de compositions très dépouillées peut manquer de relief.

Alterner les vues larges et les détails, les scènes construites et les images plus simples, permet de créer un rythme. Une macrophotographie très dense peut être suivie d’une image plus aérienne. Une scène immobile peut dialoguer avec un geste. Une vue descriptive peut laisser place à une image plus sensorielle.

L’ordre des photographies participe également au récit. Il peut suivre la chronologie d’une recette, aller du général au particulier ou créer des contrastes entre les textures, les cadrages et les couleurs.

Laisser respirer les images

L’espace négatif ne sert pas seulement à équilibrer une composition. Il permet aussi de faire respirer toute une série.

Lorsqu’une image très remplie côtoie une photographie plus épurée, cette dernière offre une pause visuelle. Elle peut également répondre à un usage précis : accueillir un titre, un logo ou le message d’une campagne sans recouvrir le sujet d’un charmant pavé typographique.

Photographier un peu plus large peut offrir une marge de manœuvre au moment de composer la série et d’adapter les images à différents formats. Attention toutefois à ne pas tout abandonner au recadrage : une photographie pensée pour être verticale ne se transforme pas toujours miraculeusement en bannière horizontale. Photoshop fait beaucoup de choses, mais il ne négocie pas avec les lois de la composition.

Comparer les images pendant le shooting

Il est utile de regarder régulièrement les photographies déjà réalisées au lieu d’attendre la fin du shooting pour les réunir.

Vous pourrez ainsi repérer rapidement les répétitions ou les manques :

  • toutes les images sont-elles prises en plongée ?
  • manque-t-il un détail ou un cadrage rapproché ?
  • les compositions sont-elles toutes très chargées ?
  • avez-vous prévu une photographie plus large ?
  • les différents formats nécessaires sont-ils couverts ?
  • chaque nouvelle image apporte-t-elle vraiment quelque chose ?

Le mode connecté facilite particulièrement cette comparaison. L’affichage sur un écran plus grand permet de juger les images individuellement, mais aussi de vérifier leur cohérence au fur et à mesure de la prise de vue.

À lire également : Photographier en mode connecté

Anticiper l’ordre des prises de vue

La nourriture possède une fâcheuse tendance à se transformer pendant qu’on la photographie. Elle fond, sèche, s’oxyde, se froisse, se vide… et parfois quelqu’un la mange.

L’ordre du shooting mérite donc un peu d’attention. Photographiez l’ingrédient entier avant de le découper, réservez les plus beaux éléments pour les garnitures et commencez par les scènes nécessitant un produit parfaitement intact.

Les morceaux moins photogéniques pourront ensuite entrer dans une préparation mixée, cuite ou filtrée. Cette organisation évite le gaspillage et préserve les meilleurs sujets pour les images qui en ont réellement besoin.

Penser aux différents usages dès la prise de vue

Pour une marque, une agence ou un producteur, une série cohérente ne sert pas seulement à embellir une galerie. Elle permet de disposer de contenus complémentaires pour un site, une newsletter, une campagne, un dossier de presse ou les réseaux sociaux.

Une seule photographie spectaculaire n’offrira pas nécessairement toutes ces possibilités. Il peut être utile de prévoir :

  • une composition verticale ;
  • une image horizontale ;
  • un cadrage compatible avec le carré ;
  • une photographie comportant de l’espace pour du texte ;
  • un détail capable de fonctionner seul ;
  • une image principale immédiatement identifiable.

Cette diversité doit être anticipée sans sacrifier l’unité de la série. L’objectif n’est pas de fabriquer mécaniquement un exemplaire de chaque format, mais de créer un ensemble à la fois esthétique, narratif et réellement exploitable.

Une série cohérente ne cherche pas l’uniformité

Construire une série photo culinaire revient finalement à trouver le bon équilibre entre continuité et surprise.

Les couleurs, la lumière, les fonds ou les accessoires donnent aux images leur air de famille. Les cadrages, les points de vue, les textures et les gestes évitent qu’elles se ressemblent trop. Chaque photographie conserve ainsi sa force propre tout en participant à une histoire plus grande.

Et lorsqu’une image n’apporte rien de nouveau ? Elle peut sortir de la sélection sans provoquer de drame national. Une série forte ne se mesure pas au nombre de photographies qu’elle contient, mais à la qualité du dialogue qu’elles entretiennent.

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